Investissement responsable

COVID-19 : votre environnement de travail a-t-il changé pour toujours ?

Synthèse

  • Des changements durables de notre façon de travailler sont susceptibles d’être mis en œuvre en raison de la pandémie de Covid-19, laquelle affecte les entreprises et leurs collaborateurs dans le monde entier.
  • Jusqu’à présent, l’impact est considérable, mais il diffère sensiblement selon le secteur et le pays. Les dernières données montrent que la moitié de la main-d’œuvre mondiale risque de perdre son emploi.
  • Des préoccupations majeures subsistent quant à la viabilité actuelle des entreprises, et ce, indépendamment de leur taille. Certaines visent à survivre à court terme, tandis que d’autres accélèrent leurs stratégies d’automatisation et de passage au numérique.
  • En comparaison avec les chocs économiques précédents, nous observons un nombre encourageant de sociétés opter pour de meilleures pratiques de gestion du capital humain, notamment une meilleure gestion du bien-être des collaborateurs ainsi que l’abandon de pratiques de licenciement inutilement sévères – lesquelles pourraient être préjudiciables au marché du travail.
  • À long terme, nous pourrions être témoins d’un changement profond de la façon dont la société conçoit la notion de « travail » et de ses aboutissants (qui, où, comment). Les politiques de télétravail, les droits des travailleurs indépendants et la chaîne d’approvisionnement sont autant de sujets critiques relatifs à la gestion du capital humain pour notre monde post Covid-19

Métiers en première ligne

L’épidémie de Covid-19 menace de changer le monde du travail de façon permanente. Les secteurs tels que l’hôtellerie, le tourisme et l’aviation pourraient avoir subi une transformation irrémédiable. Dans d’autres industries, comme celle du commerce de détail en magasin, la disparition de certains modèles économiques – qui étaient déjà confrontés à une pression particulièrement forte – s’est accélérée en raison de la pandémie. Par ailleurs, dans des domaines tels que les technologies de l’information ou les services financiers, la notion de travail (lieu d’exécution, par qui et comment) est remise en question de manière généralisée.

En ce qui concerne l’environnement de travail, l’« héritage » que laissera la Covid-19 pourrait constituer un changement d’attitude à l’égard du travail d’une ampleur inédite depuis la fin du XVIIIe siècle, lorsque la révolution industrielle avait imposé de travailler et de vivre proche les uns des autres dans des zones urbaines.

Même à très court terme, l’impact de cette crise est sans précédent. L’Organisation internationale du travail (OIT) a estimé qu’en raison des mesures de confinement visant à ralentir la propagation du virus, près de 1,6 milliard de travailleurs risquent de perdre leur emploi1, ce qui représente environ 50 % de la main-d’œuvre mondiale. Les pays développés et en développement seront profondément marqués d’un point de vue économique et social.

Plus de 400 millions d’entreprises dans le monde entier sont confrontées à d’importantes perturbations qui menacent leur viabilité actuelle2 ; l’ampleur de la crise est sans précédent et les collaborateurs sont souvent les premiers à ressentir les effets. Aux États-Unis, 36,5 millions de personnes (15 % de la population active) ont fait une demande d’allocations chômage entre mi-mars et début mai. Le taux de chômage total pourrait ainsi atteindre la barre des 25 %3. Dans l’Union européenne, celui-ci devrait atteindre 9 % en 2020 (en hausse par rapport aux 6,7 % enregistrés en 2019)4.

Nous craignons que la Covid-19 constitue un frein important à l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies définis dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Nous avons brièvement présenté ci-dessous les ODD qui nous semblent les plus menacés compte tenu de l’environnement actuel :

Les travailleurs se retrouvant sans source de revenus régulière risquent de faire stagner ou d’inverser les progrès réalisés sur d’autres ODD relatifs au capital humain. Il existe notamment un véritable risque d’accroissement de la pauvreté et des inégalités, ce qui est susceptible de menacer la paix et la sécurité à l’échelle mondiale. Les femmes sont les plus affectées en termes de chômage et de santé.

Les travailleurs de l’économie informelle et ceux ne bénéficiant pas d’une protection sociale ou d’allocations chômage n’ont pas les moyens de s’imposer des mesures de confinement et de distanciation sociale. Cela augmentera davantage le risque de propagation de la Covid-19 ainsi que le nombre de décès, prolongeant probablement la période de confinement.

Suivi des affirmations des entreprises

La crise s’est révélée être un moyen de vérifier le bien-fondé des approches en matière de durabilité et de responsabilité des entreprises. Nous sommes de plus en plus en mesure d’estimer si les politiques sociales détaillées dans les rapports d’entreprises et sur leurs sites Internet sont bel et bien appliquées ou s’il s’agissait simplement d’une campagne de relations publiques.

Chez AXA Investment Managers (AXA IM), nous sommes convaincus que les collaborateurs d’une entreprise jouent un rôle essentiel et déterminant dans la création de valeur pour les investisseurs5. Par conséquent, nous évaluons avec soin la façon dont les sociétés traitent leurs collaborateurs en leur offrant un emploi équitable et de grande qualité.

Il nous semble particulièrement important que les entreprises prennent toutes les mesures appropriées pour soutenir leurs collaborateurs au cours de cette période exceptionnelle. Une telle approche peut avoir un impact financier positif et prononcé à court et à long terme. Selon une étude menée par Just Capital6 auprès des grandes sociétés établies aux États-Unis, celles ayant apporté un soutien important à leurs collaborateurs ont surperformé leurs concurrents durant la crise.

Les avantages d’une bonne stratégie en matière de gestion du capital humain au cours de cette période difficile devraient également être visibles lors de la phase de reprise. Les entreprises qui ont adopté les mesures les plus proactives et souples vis-à-vis de leurs collaborateurs (accords visant à faciliter le télétravail, mesures sanitaires adéquates afin de protéger les travailleurs dans les locaux, arrêts de travail rémunérés, etc.) auront idéalement préparé ces derniers à un retour à la normale une fois que l’économie aura été relancée. Le renforcement de l’engagement des collaborateurs constitue un éventuel point positif supplémentaire, à l’instar de l’impact sur l’image de la marque d’une couverture favorable dans la presse et sur les réseaux sociaux. La façon dont une entreprise a traité ses collaborateurs durant la crise est un indicateur pertinent de celle dont ils sont valorisés en temps normal et devrait accroître son caractère attrayant auprès des futurs candidats.

La pandémie de Covid-19 donnera une importance plus grande à l’étude des facteurs sociaux dans le secteur de l’investissement. Nous avons identifié ci-dessous certains thèmes clés qui devraient caractériser l’environnement de travail de manière durable. Notre recherche et nos dialogues d’engagement avec les entreprises seront fondés sur ces enjeux, et ce, durant l’épidémie, mais également après :

• Le télétravail est désormais la norme et non l’exception

Cette crise marquera la fin du préjugé de certains employeurs selon lequel une journée en télétravail consiste à rester en pyjama et à ne pas quitter son lit. Le changement d’attitude à ce sujet était particulièrement attendu et constitue une excellente nouvelle.

Il serait judicieux pour les employeurs d’accorder une certaine liberté à leurs collaborateurs en matière de télétravail. Le fait de pouvoir leur offrir cette possibilité permet d’obtenir un meilleur équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle, en particulier pour ceux ayant des enfants ou de longs trajets domicile-travail. Preuve est faite selon certains que le taux de satisfaction des collaborateurs est plus élevé et que la productivité n’est pas véritablement affectée7 – ce dernier facteur étant l’un des principaux motifs de refus de la part des entreprises.

Avant l’épidémie, les employeurs et leurs collaborateurs n’avaient que peu souvent recours au télétravail notamment en raison du manque de confiance des équipes dirigeantes envers ces derniers et de l’insuffisance des systèmes informatiques. Par exemple, seuls 7 % des travailleurs américains pouvaient bénéficier de conditions de travail flexibles8 en 2019. La crise a redistribué les cartes de manière particulièrement soudaine – le télétravail se révèle désormais essentiel aux plans de continuité d’activité de nombreuses entreprises, et ce, dans un grand nombre de secteurs.

Nous pensons que certaines sociétés adapteront leurs politiques de télétravail uniquement en tenant compte des avantages que présente un tel mode de fonctionnement pour leur activité, imposant par exemple des jours de télétravail pour l’ensemble des collaborateurs, ce qui ne constitue pas forcément une solution idéale pour tous, mais qui devrait être pensée selon la situation de chacun. En Nouvelle-Zélande, une étude9 a permis de démystifier la notion de télétravail en tant que simple « privilège » et a pu recueillir un nombre important et varié de commentaires de travailleurs « à distance » selon leur sexe et leur ancienneté, leur problématique personnelle à l’égard du télétravail ainsi que la nature de leur travail.

Nous visons à accroître notre suivi dans des pays ne présentant pas de réglementation spécifique pour protéger les travailleurs contre les difficultés liées au télétravail (p. ex., le « droit à la déconnexion » en France), mais également dans lesquels les droits des travailleurs sont moins protégés en raison d’un manque de soutien des syndicats ou d’autres organisations.

• La refonte des chaînes d’approvisionnement

La crise a mis en lumière les limites des chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale, mais aussi les nombreuses interdépendances transfrontalières de nos industries. La mise en œuvre des mesures de confinement en Chine a eu un effet domino sur un grand nombre d’entreprises nécessitant des matières et des marchandises. Il y a parfois eu un manque de suivi quant à la production de produits stratégiques, ce qui devrait se traduire à l’avenir par un rapatriement d’une partie de la chaîne d’approvisionnement.

Ce facteur a également eu une incidence sur les mesures prises par les gouvernements face à la pandémie. Les entreprises pharmaceutiques et de matériel médical ont parfois rencontré des difficultés à s’approvisionner en ventilateurs, en équipements de protection individuelle ainsi qu’en traitements potentiels en raison de la faiblesse de l’offre et des capacités de production domestiques. Les chaînes d’approvisionnement d’un certain nombre de produits devraient désormais être définies en tenant compte de critères de sécurité nationale et d’infrastructures essentielles au détriment des coûts et de la qualité.

Nous pensons que cela fera apparaître deux problèmes. Tout d’abord, nous souhaitons déterminer la façon dont les entreprises évalueront l’impact social au niveau du fournisseur délocalisé ainsi que les actions qu’elles sont en mesure de prendre pour garantir une transition fluide. Ensuite, en ce qui concerne la relocalisation d’une partie du processus industriel, la hausse potentielle des coûts de la main-d’œuvre pourrait inciter les sociétés à faire des économies susceptibles d’accroître les inégalités ou de détériorer les conditions de travail des collaborateurs sur les sites locaux. 

Pour les entreprises qui s'en tiennent à un important réseau de fournisseurs dispersés, nous nous attendons à des engagements en faveur de la transparence qui s'étendent au-delà des fournisseurs directs et aux deuxième et troisième niveaux des fournisseurs indirects. Elles devront également poursuivre leurs évaluations approfondies des risques de durabilité, en conduisant notamment des audits indépendants de manière régulière.

• Les travailleurs indépendants en première ligne

La crise a accentué les difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs indépendants, telles que l’accès limité à des avantages sociaux (assurance maladie, indemnités chômage et arrêt maladie). Deux catégories de travailleurs se profilent : ceux n’ayant que peu ou plus de travail en raison d’un effondrement de la demande (baby-sitters, personnel de ménage) et ceux ayant poursuivi leur activité compte tenu de la demande en biens et services essentiels malgré les risques d’infection (livreurs, chauffeurs de taxi). Si les gouvernements du monde entier ont globalement demandé à leur population de rester confinée, la plupart des travailleurs indépendants ne pouvaient se permettre de respecter cette consigne et d’arrêter de travailler.

Cette catégorie devrait croître à long terme du fait des changements structurels établis induits par le développement des technologies, mais également à court terme, pour ceux souhaitant trouver une autre source de revenus après avoir perdu leur emploi durant la pandémie. Nous pensons que le moment est opportun pour nouer un dialogue avec les entreprises dont le modèle économique repose principalement sur la contribution de travailleurs indépendants, afin de réfléchir à un meilleur équilibre entre traitement équitable et viabilité commerciale.

Cette pandémie a recentré l’attention sur les sociétés dont le traitement des travailleurs indépendants était déjà remis en cause et était susceptible de porter atteinte à leur réputation. Pour certaines, cela a mis en péril leur « permis social d’exploitation » (l’acceptation implicite du public permettant à une entreprise de mener à bien ses activités), tout en les exposant à des mesures spontanées de la part des autorités de réglementation ou des gouvernements. Lors de nos dialogues d’engagement avec de telles sociétés, nous les encouragerons à accorder des congés payés et des arrêts de travail rémunérés à l’ensemble de leurs collaborateurs en cas de situation exceptionnelle similaire à celle que l’on a observée avec la Covid-19. Une autre question essentielle concerne le statut juridique des travailleurs, s’ils sont des sous-traitants indépendants ou des employés directs d’une société de recrutement. Il s’agit d’ailleurs d’un sujet d’actualité en Californie, car un projet de loi pourrait obliger les applications de chauffeurs VTC comme Uber ou Lyft à donner aux travailleurs indépendants le statut de salarié, avec les avantages qui y sont liés.

1 Observatoire de l’OIT : le COVID-19 et le monde du travail. Troisième édition. https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/documents/briefingnote/wcms_743155.pdf

2 Observatoire de l’OIT : le COVID-19 et le monde du travail. Troisième édition. https://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/documents/briefingnote/wcms_743155.pdf

3 Coronavirus: Fed chairman Powell warns downturn ‘may last until late 2021’, BBC News, 18 mai 2020

4 Prévisions de l’UE, 6 mai 2020

5 AXA IM, Human Matters, 2018

6 Just Capital, 2020

7 Does working from home work? Evidence from a Chinese experiment, 2013

8 Forum économique mondial, 2020

9 Disrupted work: home-based teleworking in the aftermath of a natural disaster, 2015

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