Perspectives 2022 : Ce que vous devez savoir sur l'année à venir

Nous nous dirigeons vers le deuxième anniversaire de l’épidémie de Covid-19, et le virus reste une préoccupation majeure pour les investisseurs. Tandis que certains pays intensifient leurs campagnes de vaccination, d’autres voient apparaître de nouveaux foyers alors que la fin novembre a été marquée par l’émergence du nouveau variant Omicron.

Nous pensons néanmoins que la reprise post-pandémie va se poursuivre au sein des principales économies. En 2022, la croissance du PIB sera probablement inférieure aux chiffres de 2021 liés au phénomène de rebond, mais nous continuons de tabler sur une solide expansion économique.

En cas de chocs inattendus, la capacité de l’économie mondiale à maintenir son rythme de reprise pourrait être remise en question. L’inflation devrait rester un sujet de préoccupation l’an prochain, tandis que les taux d’intérêt commenceront à monter sur de nombreux marchés à mesure que les banques centrales resserreront leur politique monétaire.

Gilles Moëc, Chef économiste du Groupe AXA et Directeur de la recherche d’AXA IM a déclaré 

2021 a été une année de décompression rapide, la demande a rattrapé rapidement son retard à mesure que les économies redémarraient, ce qui a exercé une forte pression sur l’offre et déclenché une hausse des prix à la consommation sans précédent depuis des décennies. Nous pensons que l’année 2022 marquera l’absorption progressive du choc de la pandémie, avec des chiffres du PIB certes solides mais moins spectaculaires dans la mesure où une grande partie du phénomène de rattrapage est à présent derrière nous, ainsi qu’une normalisation de la situation en matière d’offre qui permettra à l’inflation de ralentir. Les banques centrales pourront ainsi rester prudentes quant au rythme de normalisation de leurs politiques. Il est devenu impossible de songer aux perspectives macroéconomiques sans tenir compte de l’impact de la lutte contre le changement climatique. Un élément essentiel du processus consiste à réallouer les capitaux vers les secteurs et les entreprises en transition vers une économie Net zéro. L’effort d’investissement nécessaire pour y parvenir, qui sera considérable, commence déjà à être concret, et il devrait selon nous apporter une contribution positive à la croissance économique sur cet horizon prévisionnel. 

Perspectives des principaux pays et régions

États-Unis

La reprise économique observée en 2021 a donné lieu à d’importants goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, mais ces pressions devraient s’atténuer si les autorités parviennent à maîtriser la Covid-19. Ces pénuries ont eu un impact notable sur l’inflation, qui est en passe d’atteindre son niveau le plus élevé depuis 40 ans, mais qui devrait selon nous atteindre un pic fin 2021 avant de chuter de manière significative à partir du deuxième trimestre (T2) 2022. Bien que nous anticipions un ralentissement, la croissance du PIB devrait se poursuivre à un rythme soutenu. Nous tablons sur une croissance de 5,5 % en 2021, de 3,5 % en 2022 et de 2,7 % en 2023. La Réserve fédérale semble prête à engager un cycle de resserrement monétaire fin 2022, même si les incertitudes quant à la gestion de l’inflation à long terme laissent penser que ce cycle pourrait être amorcé plus tôt.

Zone euro

Après un été très positif, les perspectives à court terme sont menacées par l’apparition d’une nouvelle épidémie de Covid-19, une hausse de l’inflation, des pénuries en matière d’approvisionnement et un ralentissement en Chine. Aussi, plusieurs vents favorables devraient soutenir l’activité au sein de la zone euro, notamment les avancées progressives observées sur le marché de l’emploi, le fléchissement des prix courant 2022 et le soutien continu des pouvoirs publics et de la banque centrale. Nous restons globalement optimistes quant aux perspectives de croissance de la zone euro et tablons sur une croissance du PIB de 3,9 % en 2022 et de 2,1 % en 2023. L’inflation devrait selon nous se tasser en 2022, pour atteindre une moyenne de 2 % en 2022 et de 1,6 % en 2023. La situation politique semble favorable dans la région, mais des incertitudes subsistent, notamment en raison des élections prévues en 2022 en Italie et en France.

Chine

L’économie chinoise a encore ralenti fin 2021 alors que le pays tente de se remettre de la pandémie. De nombreux facteurs à l’origine de cette situation (marché de l’immobilier en difficulté, perspectives en matière d’exportation et Covid-19) continueront à exercer leur influence en 2022-2023. Pékin sera contraint de réajuster sa politique macroéconomique et monétaire et nous pensons que la dynamique s’améliorera. Nous prévoyons une croissance du PIB de 5 % sur l’ensemble de l’année 2022, puis de 5,3 % en 2023. Toutefois, les risques qui pèsent sur nos prévisions sont de taille, orientés à la baisse, et centrés sur ce difficile exercice d’équilibre.

Marchés émergents

Les mesures d’urgence prises en réponse à la pandémie ont soutenu le rebond économique en 2021. Ce phénomène sera toutefois moins marqué en 2022, lorsque la reprise reposera davantage sur les facteurs nationaux. L’Asie devrait rattraper son retard après les turbulences provoquées par le variant Delta en 2021, et les économies axées sur la consommation devraient en profiter. En Amérique latine, la croissance devrait ralentir pour revenir aux niveaux médiocres d’avant-crise. Après une surchauffe en 2021, l’Europe centrale devrait elle aussi amorcer un atterrissage en douceur vers son potentiel économique en 2022. Les taux d’inflation ont augmenté, souvent au-delà des objectifs des banques centrales, ce qui a déclenché des hausses de taux d’intérêt anticipées en Amérique latine et en Europe centrale. L’Asie pourrait faire de même en 2022, mais à un rythme plus lent et progressif. La croissance du PIB des marchés émergents devrait rebondir à 6,2 % en 2021 et poursuivre son redressement en 2022 avec une progression de 4,4 %.

Japon

Modeste en 2021, la croissance japonaise devrait être portée par des vents favorables en 2022 après la levée de l’état d’urgence. Un nouveau plan budgétaire devrait y contribuer, de même que la poursuite des efforts en faveur de la transition numérique et de la lutte contre le changement climatique, ainsi que la réduction des problèmes d’approvisionnement dans le secteur automobile. Nous prévoyons une croissance moyenne du PIB de 3,5 % en 2022 et de 1,6 % en 2023, des chiffres supérieurs au consensus (respectivement 3 % et 1,3 %). L’inflation devrait augmenter tout en restant loin de l’objectif de 2 %. La Banque du Japon devrait donc maintenir sa politique monétaire accommodante au moins jusqu’en 2024.

Royaume-Uni

Compte tenu des effets combinés du Brexit et de la pandémie, sans parler du contexte politique houleux, la question de savoir jusqu’où la reprise britannique peut aller est incertaine. La hausse des prix de l’énergie et les pressions exercées sur la chaîne d’approvisionnement sont à l’origine de l’envolée actuelle de l’inflation qui devrait, selon nous, atteindre 5 % au T2 2022 avant de reculer au second semestre. Nous prévoyons une croissance du PIB de 6,9 % en 2021, de 5,2 % en 2022 et de 2,3 % en 2023. Compte tenu des signes de tension qui se manifestent sur le marché de l’emploi et du niveau élevé de l’inflation, nous pensons que la Banque d’Angleterre relèvera ses taux d’intérêt à 0,75 % d’ici fin 2022 et à 1 % d’ici fin 2023.

Les marchés en 2022

 En ce qui concerne l’avenir, Chris Iggo, CIO Core Investments d’AXA IM, a ajouté :

Le défi que représente le Covid-19 pour les marchés restera inévitablement d’actualité. Mais la hausse de l’inflation est elle aussi préoccupante. Nous entrons à présent dans une phase de relèvement des taux d’intérêt, un phénomène dont il faut tenir compte dans toute perspective d’investissement. Mais le resserrement des politiques monétaires semble avoir été largement anticipé dans les cours, et si les hausses effectives se révèlent conformes aux prévisions, le marché obligataire ne devrait pas subir de pertes trop importantes. De même, les marchés actions devraient être en mesure de faire face à un léger relèvement des taux tant que les bénéfices des entreprises continueront de progresser. En revanche, les solides bénéfices affichés par les entreprises en 2021 risquent de se tasser en 2022 avec la normalisation de l’activité économique. Le principal risque pour les investisseurs est que l’inflation contraigne les banques centrales à réagir de manière plus agressive. Cela pourrait entraîner une hausse des rendements obligataires et un accroissement des primes de risque crédit et actions. Parallèlement, l’intérêt croissant pour les enjeux de durabilité orientera de plus en plus les capitaux privés vers des investissements verts, ce qui devrait être particulièrement favorable aux investissements ESG et occulter les préoccupations actuelles liées à l’inflation et au léger relèvement des taux d’intérêt.